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Centres de santé

Rencontre entre élus locaux, l’association CSPLH+ et le président de la Fabrique des Centres de santé

Le 7 février 2023, l’association CSPLH+ a organisé une rencontre entre les élus locaux de la communauté urbaine du Havre, ses membres et le Dr Richard Lopez, président de la Fabrique des Centres de santé.

Cette rencontre a été rendue possible grâce au soutien de la Maire et des services de la Ville d’Harfleur qui nous ont permis d’utiliser le centre culturel La Forge.

Madame la maire d’Harfleur, retenue par d’autres obligations, nous a transmis un message, lu par la Maire adjointe déléguée à la santé. La municipalité a une forte préoccupation pour les questions de santé et s’efforce de développer les services permettant aux habitants de bénéficier de conditions de vie saines. En lien avec la Communauté Urbaine, elle encourage toutes les formes de prévention (sport, accompagnement des plus fragiles, dispositifs d’amélioration des habitudes alimentaires), dans une situation où l’on constate en outre une augmentation des risques psychologiques et psychiatriques.

Le président de l’association a ensuite présenté l’objectif de la réunion et laissé la parole au Dr Lopez, pour un exposé qui a vivement intéressé l’auditoire et précédé un temps d’échanges avec la salle, répondant aux questions et préoccupations qui se sont exprimées.

Le Dr Lopez a expliqué le rôle de la Fabrique des Centres de santé, qui accompagne les porteurs de projet, très majoritairement des collectivités locales : comment celles-ci peuvent-elles prendre en compte le manque de médecins sur leur territoire ?

Pour éclairer la situation actuelle, il a d’abord procédé à un rappel historique imposant la prépondérance du modèle libéral

Depuis la tentative de mettre en place des lois sociale au lendemain de la première guerre mondiale, jusqu’à la création de la Sécurité sociale au lendemain de la seconde, les gouvernements se heurtent à l’opposition des médecins qui définissent en 1927 la charte qui pose les principes de la médecine libérale -liberté de prescription, de tarification- paiement direct par le patient, qui ont été gravés dans la loi.

Malgré l’unanimité du projet porté par le Conseil National de la Résistance qui élabore « les jours heureux », un programme complet de protection sociale,  ce n’est qu’en 1971 que la première convention nationale est signée avec leurs organisations professionnelles, au prix de larges concessions à leurs exigences. Elles ont obtenu que le principe de la liberté d’installation soit introduit dans la loi en échange de l’acceptation d’un tarif national de consultation décidé avec l’Assurance maladie.

Un autre modèle, celui des dispensaires -ancêtres des centres de santé- s’était développé à la fin du XIXème siècle dans les territoire ouvriers et populaires notamment les bassins miniers, parmi d’autres services destinés à attirer et fidéliser une main d’œuvre qualifiée. La première convention nationale stipulait donc que l’Assurance Maladie ne devait plus soutenir financièrement ces centres de santé qui échappaient au contrôle syndical libéral.

On retrouve-là une grande interrogation : le système de soins doit-il être l’affaire des professionnels -et pensé en fonction de leurs intérêts- ou celle de la population et de leurs élus ? Deux conceptions de la médecine s’affrontent, une médecine individuelle répondant à un projet professionnel, et une médecine sociale ou sociétale, pratiquée en équipe et répondant aux besoins d’une population sur un territoire.

Le  modèle libéral n’est pas adapté à l’évolution des pathologies actuelles

Les progrès de la médecine ont permis un recul de la mortalité augmentant mécaniquement le poids des pathologies chroniques liées au vieillissement de la population. Les malades chroniques qui ne représentent que 20% de la patientèle des médecins occupent 80% de leur temps professionnel. 

Or ces patients, souvent âgés, avec une pathologie qu’on ne sait pas guérir doivent pouvoir vivre vieux dans les meilleures conditions de vie . La réponse à apporter ne relève pas du seul médecin isolé dans son cabinet ; elle doit reposer sur une équipe pluri-professionnelle coordonnée. Les temps de concertation entre les membres de l’équipe, essentiels pour l’amélioration des prises en charge des patients, ne sont pas rémunérés dans le cadre du paiement à l’acte, pilier de la médecine libérale. La nécessité de faire évoluer les pratiques ont conduit à l’élaboration en 2008 du concept de « Maisons de santé pluri professionnelles», libérales, qui doivent mettre en place une coordination des soignants ; mais le modèle est toujours celui de l’auto-entreprenariat de structures individuelles.

En revanche, les centres de santé qui existent depuis plus de 150 ans ont toujours eu un mode de fonctionnement en équipe, avec un dossier médical commun, adapté à la prise en charge des malades chroniques.

Le modèle libéral ne répond pas à l’attente des jeunes médecins

 De nombreux rapports ont mis en évidence que les jeunes médecins, et en particulier les femmes, n’étaient globalement plus attirés par l’installation en cabinet libéral. Or elles représentent actuellement 65% des effectifs sortant des facultés de médecine.

Le statut libéral ne permet pas de disposer d’une protection sociale adapté aux besoins actuels, ne facilitant pas autant que nécessaire l’interruption d’activité financée en cas de maladie ou de maternité. Le taux de remplacement de la retraite est faible par rapport à leur revenus antérieurs (ils ne peuvent plus compter comme autrefois sur la vente de leur patientèle !). Ils doivent assumer toutes les démarches relatives à leur statut d’entrepreneur. Par ailleurs l’installation en libéral peut entrer en conflit avec la carrière du conjoint liée à des changements d’employeurs fréquent chez les cadres et techniciens supérieurs, emplois fréquemment occupés par les conjoints des médecins.

Cinq ans après leur thèse, trois médecins sur quatre ne sont pas installés. Ils font des remplacements, exercent diverses activités, avant de faire un choix professionnel conforme à leurs attentes.

Une pénurie durable de médecins qui va s’aggraver dans les prochaines années

Sur l’ensemble de la France, le nombre absolu de médecins  diminuera jusqu’à la fin de la décennie alors que la population nationale continue de progresser. Ensuite, il faudra attendre jusqu’en 2050, si tous les étudiants deviennent effectivement des praticiens, pour retrouver le taux de médecin de 2010 ! Si aucune démarche n’est entreprise, la situation  continuera donc à se dégrader au cours des 25 prochaines années, avec de lourdes conséquences pour les populations les plus défavorisées, qui sont aussi celles qui vivent dans les zones où la densité médicale est la plus faible.

Le Centre de santé, c’est d’abord le projet politique de ses gestionnaires

En réponse aux interrogations de la salle, le Dr Lopez a précisé un certain nombre de points relatifs à la création d’un centre de santé.

Le centre de santé ce n’est pas une installation immobilière

Ce n’est pas une offre de locaux, assortie de dispositions attractives dans l’espoir qu’un ou plusieurs médecins viennent s’y installer. L’expérience a prouvé que cela ne débouchait pas sur l’installation durable de praticiens. Le centre de santé c’est d’abord le projet de ceux qui veulent le mettre en place, le plus souvent des élus locaux qui partent des besoins de leur territoire.

A cet égard, la Fabrique ne préconise pas d’emblée la construction de nouveaux locaux pour accueillir le centre de santé, mais plutôt de recourir à des locaux déjà existants mais qui ont perdu leur fonction première.

Le centre de santé c’est un projet pensé en fonction des besoins d’un territoire

Il faut d’abord évaluer la situation sanitaire du territoire, repérer où sont les difficultés. Les Quartiers Prioritaires de la Ville concentrent les difficultés de santé, liées aux conditions de vie. Au Havre, 22 000 personnes n’ont pas de médecin traitant ; ce qui nécessiterait l’activité de 15 à 20 praticiens supplémentaires à ceux existants.

Le diagnostic de territoire est l’un des pré-requis à l’installation des centres de santé : il faut les implanter en fonction des besoins des habitants, en tenant compte des questions de mobilité des patients. La situation des EHPAD ou foyers d’accueils de handicapés est à prendre en compte et doit déboucher sur une collaboration encadrée par une convention. Les personnes âgées isolées sont également une autre priorité pour le maintien à domicile qui est souhaité par la plupart d’entre elles.

Il faut se poser la question de l’accessibilité géographique mais aussi économique, avec la pratique des tiers-payants, tant pour la part assurance maladie  que pour la part mutuelle. Un recensement de tous les obstacles concrets à la prise en charge médicale doit être dressé afin de pouvoir y apporter des réponses pertinentes.

Des maires et adjoints présents dans la salle ont évoqué le cas de leurs communes excentrées face à un regroupement médical. Un pôle paramédical peut répondre, dans ces communes, á la demande de la population, mais celle-ci n’en a pas pour autant un accès suffisant au médecin généraliste. Grâce à des subventions, des permanences décentralisées de médecins ont lieu, mais elles n’apportent qu’une réponse bien en deçà des besoins au regard du nombre d’habitants.

Le Dr Lopez répond que le regroupement de médecins conduit à créer le vide autour du lieu choisi. Le fonctionnement des cabinets secondaires est très aléatoire.

Ce sont aux élus de penser le maillage territorial de santé. Il peut se réaliser grâce à un Centre de santé, avec éventuellement des antennes. La Fabrique ne recommande pas la pratique isolée : une antenne est ouverte en général 20 heures par semaine.

Par rapport aux cabinets libéraux qui dépendent du choix des praticiens de maintenir leur installation sur place, les élus sont les garants des réponses à apporter au bien-être des habitants de leurs communes et donc de la pérennité du projet.

Les moyens à mettre en œuvre

Une fois le projet déterminé, les locaux recherchés dans l’existant, les élus doivent trouver les moyens de le concrétiser.

Pour la recherche des médecins

Il faut leur offrir une rémunération suffisante. La Fabrique conseille de se référer à la grille de la Fonction publique hospitalière, plus attractive que celle de la Fonction publique territoriale ou d’Etat. Elle déconseille de proposer l’échelon le plus élevé à l’embauche, comme seraient tentés de le faire certains élus, dans l’espoir de retenir des candidats. D’une part cela pourrait compromettre à terme le modèle économique de la structure, de l’autre cela place la négociation sur le seul aspect financier et tend à reléguer au second plan la discussion sur le contenu du projet.

En effet, l’équipe médicale doit ensuite s’approprier le projet et contribuer à son évolution. La Fabrique recommande de faire coïncider la durée du projet de santé avec celui des mandats. Il est d’ailleurs souhaitable que les élus partagent également avec l’équipe professionnelle les aspects économiques du fonctionnement  du Centre de santé comme les professionnels doivent partager avec les élus les évolutions du projet de santé.

La question du financement

C’est la grande interrogation des collectivités territoriales, et en particulier celle des petites communes. Les centres de santé, avant d’être en mesure de s’auto-financer, ont besoin d’un fonds de roulement pendant une durée estimée à trois ans.

La structure gestionnaire

Plusieurs petites communes peuvent très bien s’associer pour créer un centre de santé.

Il est juridiquement possible que la Communauté urbaine porte le projet initié par de petites communes ; la question doit au moins être posée ; leurs maires ont la responsabilité de défendre leur territoire au sein du Conseil communautaire, ce qui permet d’y introduire le débat sur la politique de santé. En cas de refus, les communes concernées sont d’autant plus légitimes pour mettre en place une autre structure porteuse du projet, tel un SIVU (syndicat intercommunal à vocation unique : le CDS) ou un GIP groupement d’intérêt public qui peut regrouper des communes, des hôpitaux.

D’autres questions ont été abordées

La Sécurité sociale a commencé à mettre en place de nouveaux modes de rémunération de la pratique médicale, permettant une prise en charge forfaitaire des patients, et de dépasser les limites du paiement à l’acte.

Les infirmières en pratique avancée (IPA) peuvent assurer le suivi ordinaire des patients atteints de maladie chronique, en relation avec le médecin qui peut ainsi consacrer davantage de temps aux situations plus complexes.

En une seule après-midi, il n’était pas possible d’approfondir tous les thèmes d’un domaine aussi vaste, et ce d’autant plus que la conception d’un centre de santé ne relève pas d’un modèle unique, mais au contraire du « sur mesure », en fonction des défis de santé auxquels il faut répondre, des opportunités et des obstacles.

A travers ses explications très claires, le Dr Lopez a fait passer le message suivant : la réponse aux besoins de santé est avant tout une l’affaire d’une volonté politique, qui doit se traduire par l’élaboration d’un projet, l’identification des questions à résoudre et la recherche de solutions en adéquation avec les réalités du territoire.

L’assistance était peu nombreuse mais très motivée. Certaines communes envisagent d’ores et déjà de reprendre leur réflexion en la matière sur de nouvelles bases. Une dynamique est lancée.

L’association « Centres de Santé Pour Le Havre et plus » remercie le Dr Lopez et la Fabrique des Centres de santé pour son intervention, Mme la Maire d’Harfleur pour son accueil, M. et Mmes les élu(e)s pour leur présence et leur participation lors de ce temps d’échanges.

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Malade, le système de santé est malade !

Communiqué de presse de la Fédération nationale des Centres de santé

Prescription sur ordonnance

Plus personne ne le nie. Les symptômes sont visibles. Poussée de fièvre, patients et professionnels de santé en souffrance, insuffisance, atrophie, cassure, diabète, contamination, empoisonnement… gangrènent le système. Les organes vitaux sont menacés. Soins primaires en défaillance multi-systémique, hôpital en collapsus, prévention en mort cérébrale ! Il y a urgence à un regard nouveau, urgence à une nouvelle organisation du système de santé.

Les représentants des centres de santé : La FNCS, l’USMCS, l’IJFR, La Fabrique des centres de santé vous invitent à partager leur « ordonnance » lors de leurs vœux le lundi 16 janvier 2023.

  • 1ere recommandation : Abandonner les régimes d’austérité amaigrissant et en finir avec le traitement symptomatique « sans » traitement de fond
  • 2e recommandation : Renforcer la première ligne du système de santé, c’est créer un service public de santé de proximité,
  • 3e recommandation : Oser les Centres de Santé, pour faire reculer les « déserts médicaux »,
  • 4e recommandation : Dépasser le paiement à l’acte
  • 5e recommandation : Penser territoire, penser coordination des acteurs de santé
  • 6e recommandation : Donner les moyens à la prévention sans stigmatiser les patients

Conférence de presse :

rendez-vous lundi 16 janvier à 17h30
Au centre de santé Richerand, 4 avenue Richerand, 75010 Paris.
Lien visio sur demande : contact@ijfr.fr
Tél. : 06 62 98 22 62

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Santé : nous avons besoin de vraies solutions

Le lieu prévu pour l’hébergement d’un futur pôle médical

Paris Normandie, dans son édition du 26 octobre 2022, titrait : «Un nouveau pôle médical va sortir de terre. »

A priori, une bonne nouvelle pour les havrais et les havraises sans accès aux praticiens, tant généralistes que spécialistes, dont ils ont besoin.

Nous ne partageons pas l’enthousiasme de la presse locale qui semble croire que ce projet va apporter une solution à l’absence de médecins traitants au Havre.

Nos interrogations portent sur les points suivants :

  • Le délai

L’article nous prévient : « mais il va falloir être patient… » L’ouverture est prévue pour fin 2025. Mais il y a urgence ! Rappelons que 40% des médecins généralistes ont plus de 60 ans ; chaque départ à la retraite rend la situation un peu plus explosive.

  • Une goutte d’eau dans l’océan des besoins 

Les médecins de la Communauté urbaine estiment à 42 000 le nombre de personnes sans médecin traitant.[1] Or, selon Paris Normandie, trois à quatre médecins traitants devraient s’y installer. Les 35 salles de consultation prévues devraient aussi accueillir des dentistes ainsi que des professions paramédicales. Pour l’instant une quinzaine de personnes seraient intéressées. L’installation de médecins spécialistes qui manquent tant dans notre ville n’est pas espérée. Tout au plus le promoteur espère-t-il «séduire les cliniques des environs » afin que leurs spécialistes viennent tenir une consultation par semaine à Medcorner. Même si ce vœu se réalisait, ce pis-aller participerait de la « goutte d’eau dans l’océan des besoins ».

  • Le jeu des « chaises médicales »

Medcorner est, pour l’instant, un projet immobilier à destination des professions médicales et paramédicales ; Il dépend, au fond, de la volonté des professionnels libéraux de s’y installer. Une telle approche favorise ce que l’on a déjà qualifié de « jeu des chaises médicales » : les praticiens se regroupent dans les lieux les plus centraux, au détriment de la proximité pour les populations plus périphériques. C’est un jeu à somme nulle, les soignants renforçant une nouvelle structure désertent souvent des lieux souvent moins bien pourvus.

  • Quels intérêts financiers derrière cette opération ?

Medcorner est une société par actions, définie par son partenaire FIDAL comme « agent de médecins et chasseur de cliniques »[2] , opérant dans la location de terrains et d’autres biens immobiliers. Elle est présidée par la société Réalités santé, également une société par actions, spécialisée dans les activités de sociétés holding. Réalités santé, à son tour, est présidée par l’entreprise  Réalités maîtrise  d’ouvrage …[3]

Ces sociétés par actions espèrent donc tirer profit de cette réalisation, à la différence d’investissements publics qui ne visent, en principe, qu’à rendre le meilleur service au moindre coût pour les usagers et la collectivité.

Quant à FIDAL, il s’agit d’une très grosse société d’avocats, qui se propose d’accompagner les praticiens libéraux qui s’installeraient à Medcorner « dans la mise en place et le suivi de leurs projets : conception de stratégies, proposition d’ingénierie des projets, montage des dossiers administratifs et juridiques, négociation et rédaction des conventions et outils juridiques… ». On ignore le montant à facturer pour cette prestation, mais multiplié par le nombre d’installations prévues l’affaire doit être rentable. 

Il est par ailleurs difficile de croire que ce projet basé sur l’immobilier puisse permettre la constitution d’une réelle équipe coordonnée et adaptée au meilleur suivi des patients.

Nous affirmons que la création de centre(s) de santé à mission de service public, géré(s) en dehors de tout intérêt lucratif, est susceptible d’apporter une amélioration sensible de la situation médicale actuelle dans la Communauté urbaine du Havre.

De nombreux médecins généralistes n’exercent pas. Les Centres de santé peuvent offrir une solution aux praticiens ne souhaitant pas s’installer en libéral -parce qu’ils ne sont pas prêt à assumer le coût d’une installation, qu’ils veulent maîtriser leurs horaires, être déchargés du travail administratif, pouvoir s’investir dans la prévention, participer à un projet innovant …  Auprès du public, les Centres de santé s’inscrivent dans une logique de soins intégrés et ne demandent aux usagers aucun dépassement d’honoraire.

De plus en plus les collectivités territoriales sont à l’origine de la création de Centres de santé. La communauté urbaine du Havre doit rejoindre ce mouvement et apporter une réponse digne de ce nom aux enjeux sanitaires actuels.


[1] Paris Normandie du 25 octobre 2022

[2] https://www.fidal.com/fr/actualites/fidal-partenaire-de-medcorner-agent-de-medecins-et-chasseur-de-cliniques

[3] https://www.societe.com/societe/medcorner-city-849164033.html

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Questions de santé

Forum des associations : les conséquences de la pénurie de médecins dans l’agglomération havraise

Comme l’année précédente, notre association était présente au forum des associations qui s’est tenu à l’Hôtel de Ville le 11 septembre 2022. Comme en 2021, nous avons proposé aux visiteurs s’intéressant à notre stand de remplir un questionnaire concernant leur accès à un médecin traitant et les difficultés éventuelles rencontrées dans leur parcours de soins. Nous avons recueilli 44 fiches, auxquelles s’ajoutent 3 autres complétées lors de la soirée au Studio (11 octobre 2022).

L’intérêt de cette démarche n’est évidemment pas d’ordre statistique mais réside dans l’exposé concret des difficultés rencontrées par des patients en chair et en os, et l’expression de leurs inquiétudes. Pour les chiffres de l’agglomération, rappelons que 12 à 15% des assurés n’ont pas déclaré de médecin traitant à la CPAM du Havre.

26 personnes indiquent résider en centre-ville et ville basse ; 11 en ville haute ; 3 dans des communes limitrophes.

Les témoignages recueillis en 2022 confirment amplement ceux de 2021, dont un article de notre blog avait rendu compte. La situation est grave, urgente, et demande une réponse à la hauteur de la situation.

Patients sans médecins traitants

C’est le cas le plus fréquemment évoqué puisque 17 personnes signalent qu’elles sont sans médecin traitant depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. Il peut s’agir de patients qui n’ont pas réussi à trouver un nouveau généraliste après le départ en retraite du leur, comme cette femme de 71 ans, avec de nombreux problèmes de santé, qui n’a plus de médecin traitant depuis décembre 2021 et est très inquiète de cette situation. Compte-tenu de la démographie médicale de l’agglomération où 40% des généralistes ont plus de 60 ans, ce problème ne peut que s’amplifier dans les années à venir.

Certain-e-s évoquent l’absence de soins en raison d’un congé maladie de leur généraliste depuis un an, sans remplaçant.

Une habitante indique avoir appelé sans succès 30 cabinets et être sans médecin depuis 2018 : impossible pour elle comme pour d’autres dans la même situation d’obtenir un certificat médical pour la pratique sportive, pourtant vivement encouragée par les instances locales et nationales.

Il y a bien sûr le cas de patients qui se sont installés au Havre, plus ou moins récemment, et ne trouvent pas de généraliste :

« J’ai emménagé au Havre il y a 3 ans et je n’ai toujours pas trouvé de médecin traitant »

« Je viens d’emménager au Havre et je ne trouve pas de médecin traitant. J’ai 65 ans et le suivi médical me semble important pour la suite. […] Je suis inquiète de ne plus avoir de suivi. »

Patients ayant un médecin traitant hors du Havre

Les 12 situations évoquées varient, puisque certains ont un généraliste en périphérie ou dans des communes un peu plus éloignées de Haute Normandie (Fécamp, Criquetot, Rouen, Pont-Audemer), alors que d’autres, originaires d’autres régions et désormais installés au Havre ont conservé leur médecin traitant, par exemple à Versailles, Nantes, Lyon, voire à 850 kms ! Dans ce dernier cas, la personne témoigne :

« Pas possible d’avoir un médecin traitant alors que je suis en ALD. Comment faire ? »

Une patiente dont le médecin est à Lyon explique être obligée d’aller gonfler la file d’attente à la maison médicale pour obtenir le certificat exigé pour la pratique sportive. Durée de l’attente : 3 heures.

Un autre patient indique avoir contacté environ 80 cabinets avant de trouver en périphérie un praticien qui l’accepte « en dépannage », en attendant qu’il trouve un médecin au Havre.

Même lorsque le généraliste se trouve dans la région, cela ne va pas sans problèmes, ainsi pour ce couple qui habite depuis 5 ans au Havre mais, faute de trouver un généraliste sur place, a conservé leurs médecins, à Fécamp pour l’un, et Criquetot pour l’autre. Ils ajoutent :

« Nous avons une vieille voiture. Ça devient un handicap car nous sommes malades tous les deux. »

Autres difficultés

Parmi celles-ci, on trouve l’inquiétude face au départ en retraite du médecin traitant d’ici la fin de l’année mais aussi des cas proches de ceux évoqués dans la première rubrique : les patients dont le médecin est en arrêt (maladie ou maternité) non remplacé et qui se trouvent donc de facto sans généraliste. Leur seul recours est la maison médicale le soir, ou l’appel au 116-117 :

« Absence du médecin traitant depuis plusieurs mois. Renouvellement d’ordonnance très compliqué pour une personne âgée atteinte d’une pathologie d’où nécessité d’appeler le 116-117»

ou encore ce témoignage qui exprime le désarroi d’une femme de 70 ans qui s’occupe de sa mère de 98 ans, hospitalisée cet été mais sans suivi médical hormis par le biais du 116-117, donc par un médecin « qui ne connaît pas la patiente » :

« Moi, sa fille […] je suis sans médecin pour le moment et fatiguée d’être l’aide complète de maman qui est fragilisée. […] Ce n’est pas normal que dans une ville moderne et agréable, nous ne puissions pas être soignés normalement, sans passer par la case 15 ou 116. […] Où va-t-on ? », conclut-elle.

Enfin, même lorsque les patients ont un généraliste au Havre, certains évoquent des difficultés pour prendre rendez-vous rapidement, et les problèmes d’accès à des spécialistes (dentistes, orthoptiste etc.) et les délais très longs avant d’obtenir un rendez-vous avec ces derniers (parfois un an ou plus). Une patiente qui n’a pas rencontré de difficulté pour trouver un généraliste grâce à internet continue cependant à se rendre à Paris pour consulter phlébologue, radiologue et dentiste.

La pénurie de médecins rend impossible de changer de généraliste lorsque celui-ci exprime des opinions idéologiques déplacées dans le cadre de la relation avec le patient (propos racistes, anti-CMU, opinions politiques et religieuses). Cet exemple peut sans doute être étendu à d’autres situations où la relation entre patient et médecin est très détériorée, quelle qu’en soit la raison.

En conclusion

Il ressort des témoignages recueillis que les difficultés d’accès aux soins dans l’agglomération du Havre sont génératrices d’inquiétude et parfois de désarroi qui s’ajoutent aux problèmes concrets (par exemple nécessité de recourir au 116-117 et/ou à la maison médicale qui n’ont pas pour vocation initiale de palier la pénurie de généralistes). Chez les néo-havrais, on constate un étonnement devant une situation qui, pendant longtemps, ne semblait concerner que des zones rurales isolées. Si la pénurie de médecins nuit bien évidemment à la santé des habitants, elle affecte aussi l’image de la ville et risque d’être un frein à l’installation durable de nouveaux habitants, pourtant souhaitée par l’équipe municipale.

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Vie de l'association

Le 3 octobre à 20 h 30 au Studio : film et débat

Notre association organise au cinéma Le Studio, rue du général Sarail au Havre une soirée consacrée aux solutions à mettre en oeuvre pour lutter contre la désertification médicale.

La projection du film « Le château en santé » (52 mn) introduira les échanges avec le public.

Notre association préconise la mise en place d’un Centre de santé de service public, en complément de l’offre libérale.

L’implication citoyenne est indispensable à la conception d’une telle structure adaptée aux enjeux de notre époque.

C’est possible : venez en débattre avec nous.

Entrée libre mais une participation à la libre appréciation de chacun pour nous aider à couvrir les coûts de la soirée sera bienvenue.

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Questions de santé

Une si longue attente pour accéder aux « soins non programmés »

Note : ce témoignage nous est parvenu en septembre 2022. Depuis cet accueil s’effectue sur rendez-vous. Les conditions d’accueil en sont améliorées, mais le décalage perdure entre « l’offre » de consultations et les demandes des personnes sans suivi médical.

Nous avons reçu un témoignage qui met en évidence les conséquences de l’insuffisance de médecins traitants au Havre.

Les « soins non programmés » sont conçus pour répondre aux situations qui ne relèvent pas des urgences hospitalières mais qui doivent être traitées sans attendre le rendez-vous du médecin traitant.

Seulement, comme de plus en plus de personnes ne trouvent pas de médecin traitant qui les accepte, ces permanences sont débordée par un afflux de patients pour qui elles sont la seule chance d’accéder à une consultation médicale.

Notons que le « 116 117 », géré par l’AMUH, s’efforce de proposer un rendez-vous médical dans les meilleurs délais. Mais compte-tenu de l’insuffisance de patriciens dans la communauté urbaine, et qui ne peut que s’aggraver dans les années qui viennent, aucune organisation ne pourra faire face sans se trouver à son tour débordée.

C’est pourquoi notre association propose la création d’un Centre de santé, susceptible d’attirer de nouveaux médecins, en complément de l’offre libérale.

« AMUH: Solution miracle ou cour des miracles?…telle est la question!!

Il y a cinq ans environ j’ai emménagé au Havre et suis depuis sans médecin traitant.Malgré de nombreux appels toujours la même réponse : « le médecin ne prend pas de nouveaux patients ».

Jusqu’alors, citadine en région Centre, je n’avais jamais été confrontée à ce problème et pensais que les déserts médicaux concernaient principalement les zones rurales.

Il y a quelque temps, il m’a semblé souhaitable de consulter un dermatologue.Après des tentatives infructueuses vers le libéral, j’ai contacté le secrétariat de l’hôpital Monod: « sans ordonnance du médecin traitant, pas de rendez-vous possible!! ». La pénurie de médecin est connue, je suis loin d’être un cas isolé.

Sur les conseils d’une amie havraise, je me rends à l’AMUH rue Siegfried afin d’obtenir le précieux sésame.

J’y arrive à 19h10, une dizaine de personnes  sont déjà là. Lorsque la porte s’ouvre à 20h nous sommes bien une cinquantaine en file indienne sur le trottoir dans le vent et le froide soirée de printemps. Puis pendant 2 heures,je patiente debout dans les escaliers avant d’accéder au secrétariat. Les enfants,ce que je comprends, sont prioritaires. Autour de moi, des personnes malades, âgées, qui n’en peuvent plus. Une personne visiblement perturbée et logorrhéique nous interpelle et nous épuise  de ses propos incohérents.Pour couronner le tout, un resquilleur remonte la file, il est pris à parti, le ton monte violemment, un médecin intervient et appelle la police……

Vers 22h, je vois enfin un médecin. J’ai plus de 70 ans et sans consultation médicale depuis cinq ans.J’en profite pour demander aussi un contrôle sanguin et évoque une douleur récurrente dans la jambe.Au total,après 3heures d’attente, l’auscultation est expédiée et plus que sommaire.

Maintenant,il me reste le parcours du combattant pour obtenir un rendez vous chez un dermatologue!

Je sors de là abasourdie avec un sentiment de mal-traitance. Derrière moi beaucoup de patients attendent encore. Le médecin de garde est loin d’avoir fini sa journée.

Si l’on peut reconnaître le mérite de ces médecins d’agir au sein de cette association il est forcé de constater que le potentiel à exercer une médecine humaine et à l’écoute s’en voit oblitéré. 

Comment échapper à la frustration tant du côté du praticien que du patient ?

Magda, qui constate avec inquiétude que le système de santé français se dégrade d’année en année .« 

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Questions de santé

Déserts médicaux : le statu quo de plus en plus intenable

Nous avions évoqué, dans notre précédent article « Une proposition de loi étouffée dans l’œuf »

celle  déposée par le groupe de la Gauche démocrate et républicaine titrée « Pour une santé accessible à tous et contre la désertification médicale ».

Malgré le soutien, parfois nuancé, de députés et de groupes de bords différents, elle fut rétoquée par la majorité de l’Assemblée nationale, avant son examen en réunion plénière.

La question vient de rebondir au Sénat

En effet, la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable a publié le 29 mars un nouveau rapport sur la résorption des inégalités d’accès aux soins.

Présenté par un sénateur LR, ce rapport a été adopté à l’unanimité de la commission. Il annonce, chiffres à l’appui, « la perspective d’une décennie noire » en matière de démographie médicale ; il constate que « les actions menées jusqu’à présent ont montré leurs limites et il faut changer d’approche, car les aides à l’installation n’ont pas abouti au résultat escompté. » Le rapport préconise d’évaluer les dispositifs existants « pour en finir avec les aides inopérantes. »

Le rapport sénatorial (synthèse) reprend à son compte une proposition plusieurs fois présentée et repoussée à l’Assemblée nationale :  dans les zones sur dotées, l’installation d’un nouveau médecin serait conditionnée à la cessation d’activité d’un même spécialiste. Il touche aussi un point clé de l’amélioration de la situation : il faudrait « accroître significativement les capacités de formation des facultés de médecine ». À long terme, « ce sont les capacités de formation qui constituent le levier principal des politiques d’offre de soins. »

Ces propositions font écho au document élaboré par l’organisme gouvernemental France stratégie « Les métiers en 2030 » qui estime à 700 000 le nombre d’emplois supplémentaires nécessaires dans le domaine dans la santé, dont 50 000 médecins en plus des remplacements des départs à la retraite.

Récemment, un fait révélé par la presse vient illustrer le propos des sénateurs : un couple de médecins a perçu 93 750 €  de l’Assurance maladie pour reprendre un cabinet médical devenu vacant dans un village qui en avait bien besoin, à Saint-Vaast-La-Hougue. Sans compter la mise à disposition, à titre gracieux, du local médical des deux praticiens. Problème : ce couple de médecins exerçait auparavant dans un autre village sous-doté  de la Sarthe.

Près de 100 000 € pour déshabiller Pierre en habillant Paul,  l’argent de nos cotisations sociales pourrait être mieux employé. Contacté par la presse locale, le Directeur de la CPAM de la Manche a répondu que l’octroi de ces aides était de plein droit. Les deux médecins ont signé un « contrat d’aide à l’installation des médecins » par lequel ils s’engagent à exercer en zone sous-dotée au moins cinq ans. De sucroît, le couple est sexagénaire,  c’est dire que le même problème va se reposer à plus ou moins brève échéance dans la commune « bénéficiaire ».

Une autre politique s’impose

L’ensemble des sommes investies par la collectivité –l’Assurance maladie, l’Etat, les collectivités territoriales –pourrait être mises au service de politiques plus efficaces.

Les propositions des sénateurs vont dans le bon sens : accroissement des capacités de formation des facultés de médecine, régulation de  l’installation des nouveaux praticiens.

Pour notre association, la création de Centres de santé œuvrant dans un esprit de service public est également un élément important de réponse à la question de plus en plus lancinante des déserts médicaux. Le salariat, le travail en équipe et la diversité des tâches attirent les jeunes médecins. Les politiques de santé doivent se préoccuper des aspects quantitatifs –l’ampleur des besoins- mais aussi qualitatifs : une médecine ouverte à toutes et tous, prenant en compte les conditions de vie,  la prévention…

 Les Centres de santé peuvent être les points d’appui d’une politique de soins de santé primaires adaptée aux enjeux de notre époque.


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Questions de santé

Une proposition de loi étouffée dans l’oeuf

Les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine ont déposé une proposition de loi intitulée :

« Pour une santé accessible à tous et contre la désertification médicale »

basée sur un rapport effectuant un état des lieux et explicitant les solutions énoncées au travers des différents articles.

La proposition de loi avançait plusieurs dispositions pour remédier à la situation actuelle :

Cette proposition de loi a été étudiée en Commission des Affaires sociales. Compte-tenu de l’actualité brûlante de la question traitée, de plus en plus souvent évoquée par les médias, les citoyens peuvent s’attendre à une étude sérieuse des textes proposant une solution.

  • le premier article vise le nombre de médecins formés par régions, actuellement fondée sur la capacité d’accueil des universités, par le critère des besoins en soins médicaux des territoires. Selon le rapporteur de la proposition, « en investissant et en renforçant les capacités de formation en tant que de besoin, sans s’arrêter à une logique de moyens, lesquels détermineraient le nombre de professionnels formés. »
  • L’article 2 propose de généraliser le « contrat d’engagement de service public ». Celui-ci alloue une allocation mensuelle de 1200 € aux étudiants en échange de l’engagement à choisir une spécialité moins représentée ou à s’installer dans une zone où la continuité des soins est menacée, pour une durée équivalente à celle durant laquelle ils auront perçu l’allocation. Or beaucoup d’étudiants en médecine sont issus de milieux aisés et le « contrat d’engagement de service public » ne rencontre qu’un succès modeste.
  • L’article 3 concerne la régulation de la liberté d’installation des médecins par un conventionnement sélectif. Face à la gravité de la situation, à l’inefficacité des mesures incitatives, de nombreuses instances ont préconisé des mesures de régulation, y compris l’Ordre des médecins. Les mesures d’encadrement fonctionnent parfaitement pour les infirmiers, sages-femmes, masseurs-kinésithérapeutes, biologistes médicaux et pharmacies. L’article reprend la proposition déjà largement recommandée de conditionner le conventionnement dans une zone sur-dotée médicalement à la cessation d’activité d’un praticien de la même spécialité.
  • L’article 4 instaure le renforcement du soutien des Agences régionales de santé à la création et à la gestion des centres de santé par les collectivités territoriales. Il préconise de redéployer les aides incitatives actuelles, coûteuses et d’un impact très discutable, par une aide à l’initiative des élus locaux dans des zones où l’offre de soins est insuffisante.
  • L’article 5 consacre le « principe d’égal accès aux soins sur l’ensemble du territoire » garantie de pouvoir accéder à un établissement de santé assurant le service public hospitalier, exerçant une activité de médecine, de chirurgie et d’obstétrique, situé à moins de trente minutes en transport motorisé du domicile.
  • L’article 6 vise à élargir les compétences des hôpitaux de proximité, en revenant sur l’interdiction qui leur est faite d’exercer des actes de chirurgie ou d’obstétrique.
  • L’article 7 pose le principe du financement des précédentes mesures.

L’examen de la loi en Commission

Plusieurs groupes parlementaires soutiennent la proposition de loi :

Les députés du groupe « Socialistes et apparentés » « Eu égard à la convergence des dispositions qu’elle contient avec certaines des mesures que nous préconisons, le groupe Socialistes et apparentés apportera son soutien à cette proposition de loi, même si, je le répète, il conviendrait d’aller plus loin »regrettant notamment que le texte prenne insuffisamment en compte la situation des internes.

Le groupe UDI « Mes collègues du groupe UDI et indépendants et moi-même soutenons l’initiative du groupe communiste et de Sébastien Jumel consistant à proposer des outils de régulation de l’installation des médecins à travers le territoire national. Siégeant à l’Assemblée nationale depuis trois législatures, j’ai toujours soutenu, comme vous, madame la ministre déléguée, les mesures incitatives, qu’il s’agisse de la prime à l’installation, de la défiscalisation pendant huit ans dans les zones de revitalisation rurale, des contrats locaux de santé, des maisons de santé pluridisciplinaires, des centres de santé, de la télémédecine, ou encore des réseaux de soins. Or nous voyons bien que les mesures de ce type ne suffisent plus… »

Liberté et territoire « Agir sur la seule augmentation ne suffira pas si nous ne traitons pas également de la répartition.
Il nous faut aussi soutenir les collectivités territoriales qui s’impliquent dans la déclinaison des politiques de santé. Depuis des années, elles ont joué bien plus que leur rôle pour apporter des réponses adaptées à chaque territoire. Leur action en faveur de la création de centres de santé a porté ses fruits, notamment dans certains territoires ruraux. (…) Les solutions de régulation sont les seules qui n’ont pas encore été essayées : ne les balayons pas, une nouvelle fois, d’un revers de la main.

La France insoumise : « la proposition de loi va plus loin pour améliorer l’accès aux soins. Elle propose de partir des besoins réels en médecins, et non des contraintes financières, pour former de nouveaux médecins chaque année. Pour finir, je dirai à ceux qui s’opposeraient à la proposition de loi qu’à force de laisser les inégalités déchirer la société sans rien faire, il ne faut pas s’étonner de recevoir en retour colère et désapprobation. »

L’opposition à la proposition de loi

Ni la ministre déléguée, Madame Brigitte Bourguignon, ni les groupes parlementaires qui s’opposent à la proposition de loi, ne remettent en cause le diagnostic qui la sous-tend, mais rejettent catégoriquement les solutions émises.

La ministre déléguée récapitule toutes les décisions prises par son gouvernement et critique l’attaque à la liberté d’installation. Les mesures tendant à assurer une meilleure répartition des médecins sur le territoire sont qualifiées de « fausse bonne idée ». Elle fait preuve d’optimisme quant à l’action du gouvernement « Au contraire, nous sommes convaincus que c’est en optant pour des mesures ambitieuses mais pragmatiques, accompagnées de moyens à la hauteur des enjeux, que nous pourrons faire œuvre utile sur ce sujet. Guidé par ces principes, le Gouvernement poursuivra son action résolue pour transformer notre système de santé et répondre aux attentes fortes de nos concitoyens, afin de garantir à chacun une prise en charge de qualité et accessible quel que soit son lieu de vie. » Mais cette déclaration de foi ne s’accompagne pas des mesures concrètes ni des engagements de financement qui réaliserait ces « moyens à la hauteur des enjeux ».

Les Républicains se montrent hostiles à la proposition de loi.

« un catalogue de contraintes administratives difficilement opérationnelles et qui, à l’usage, pourraient, malheureusement, se révéler contre-productives. »

Les députés de ce groupe mettent en avant les risques de déconventionnement des médecins voulant fuir ces contraintes et créerait de ce fait des inégalités dans l’accès aux soins.

Autre argument : « je ne partage pas les solutions que vous proposez, notamment pas l’idée du conventionnement sélectif. En premier lieu, point n’est besoin d’une loi pour l’instituer : c’est une affaire entre l’assurance maladie, qui ne l’a pas proposé, et les médecins, qui ne l’ont pas demandé. » Les citoyens, qui financent par leurs impôts la formation des médecins et qui subissent les effets des inégalités spatiales dans l’accès aux soins, n’auraient pas leur mot à dire par l’intermédiaire de leurs représentants ?

Une députée propose une solution qui tient tout de même du bricolage :

« Au pic de la pandémie, les assurés qui souffraient d’une maladie chronique et qui disposaient d’une ordonnance renouvelable dont la durée de validité avait expiré pouvaient se voir délivrer leur médicament par le pharmacien pour un mois. Cet aménagement a permis d’assurer la continuité des prestations. Pourquoi, dans un pays qui compte 22 000 officines, ne pas fluidifier les parcours de soins en généralisant cette pratique ?”

Médecine libérale et médecine hospitalière sont estimées concurrentes :

« N’oubliez pas non plus que l’hôpital est le premier concurrent de la médecine de ville. Si, demain, les étudiants en médecine sont contraints à une installation donnée au terme de leurs études, ils préféreront sans doute rester à l’hôpital, d’autant que, 70 % des étudiants en médecine étant des jeunes femmes, cela peut correspondre à des aspirations familiales légitimes. »

Agir Ensemble, à l’exception de l’article 1, rejette les autres articles, avec le même type de motivations :

« Or il n’existe plus d’endroit en France où les médecins sont trop nombreux. »

Le groupe MODEM vote contre le texte proposé.

Les arguments pour les opposants se ressemblent d’un groupe à l’autre :

« Or les obliger à s’installer où ils ne veulent pas risque de réduire drastiquement le taux déjà très faible que j’ai cité, et les orientera vers des emplois salariés qui, pour le coup, ne manquent pas – plus de 3 000 postes vacants dans les hôpitaux. Dans l’offre de soins d’un territoire coexistent deux systèmes : une médecine administrée, hospitalière, et une médecine de ville, libérale. Or c’est bien cette dernière qui doit être au cœur de nos préoccupations. »

Il n’y a cependant pas unanimité dans le groupe ; Philippe Vigier appelle à dépasser les logiques partisanes : « Non, tout n’est pas parfait dans ce que propose Sébastien Jumel, mais si vous en restez au statu quo, vous ne vous en sortirez pas. Essayons d’agir ensemble, tous les groupes confondus, parce que nous sommes tous concernés : il n’y a pas de logique de groupe qui tienne, il s’agit juste de savoir si, oui ou non, on apporte une réponse forte à la première attente des Français. Pour le moment, elle n’est pas à la hauteur. »

Le groupe LERM octroie un satisfecit à l’action gouvernementale et rejette sans nuances la proposition de loi.

« Garantir l’accession à un établissement de santé à moins de 30 minutes du domicile de chacun est une injonction purement démagogique qui n’apporte aucune solution pratique. »

« nous devons accélérer l’application de dispositifs efficaces plutôt qu’adopter des mesures idéologiques qui aggraveraient la situation. Aussi proposerons-nous la suppression des articles. »

La proposition de loi est rejetée en commission et ne fera donc pas l’objet d’un débat et d’un vote en séance plénière.

Pourtant, compte-tenu de l’enjeu, ce débat était hautement nécessaire. Les solutions proposées peuvent se discuter, mais le statu quo n’est pas tenable.

Entre autres, le conventionnement sélectif des médecins, mesure particulièrement ciblée par les opposants au texte, a été, d’une manière ou d’une autre, préconisée dans des rapports de la Cour des comptes, du Sénat, de l’Assemblée nationale et de la direction générale du Trésor, comme une solution pour rééquilibrer la répartition territoriale des médecins, ainsi que par l’Ordre des médecins en 2012.

Des organisations d’élus, de citoyens, de professionnels, ont émis également des propositions qui prennent le problème à bras-le-corps et vont dans le même sens : l’Association des maires ruraux de France (AMRF) , l’Association des petites villes de France (APVF), l’Assemblée des départements de France (ADF), les associations d’usagers, en particulier l’UFC-Que choisir, la Fédération nationale des centres de santé.

Notre association « Centres de santé pour Le Havre et + » regrette cette éviction du débat. Cette proposition de loi prenait la question de la santé dans une cohérence d’ensemble : la formation des médecins, leur répartition territoriale, la proximité des soins hospitaliers et la question du financement.

Nous avons été particulièrement sensibles au rappel du principe républicain d’égal accès aux soins sur l’ensemble du territoire.

Le renforcement du soutien des Agences régionales de santé à la création et à la gestion des centres de santé par les collectivités territoriales nous parait une question particulièrement importante.

Il appartient aux citoyens de s’informer et de veiller à ce que leurs représentants élus prennent bien en compte leur intérêt et leur avis sur cet enjeu si important.

La proposition de loi, le rapport, les comptes-rendus des séances d’examen du texte, sont disponibles sur le site de l’Assemblée nationale.

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Questions de santé Vie de l'association

CSPLH+ au Forum des associations : les témoignages confirment une situation d’urgence

Notre association était présente au Forum des associations de la ville du Havre le 12 septembre 2021.

Ce fut l’occasion d’échanger avec d’autres associations œuvrant dans l’intérêt des patients et des personnes  porteuses de handicap, et bien sûr avec le public qui s’est intéressé à notre stand. Nous avons évoqué nos objectifs et proposé aux personnes volontaires de remplir un petit questionnaire sur les difficultés d’accès au médecin traitant.

Nous avons recueilli 60 réponses, bien sûr très loin d’un échantillon représentatif de la population havraise, mais ces témoignages confirment et éclairent ce que d’autres sources officielles nous ont déjà appris. Rappelons que entre 12 et 15 %des assurés n’ont pas déclaré de médecin traitant à la CPAM du Havre, quel’examen de la démographie médicale révèle une diminution continue du nombre de généralistes tous les ans et que 40 % d’entre eux ont plus de 60 ans.

42 réponses reçues proviennent de personnes habitant la ville basse, 8 la ville haute, 8 sont originaires d’autres communes (et 2 pour lesquelles cette information n’est pas fournie). A titre d’illustration des situations vécues, nous citons quelques-unes des réponses obtenues dans le cadre de notre petit questionnaire.

Les personnes sans médecin traitant

Parmi les réponses reçues, 18 révèlent une absence de médecin dans une proximité raisonnable du domicile.

Les nouveaux arrivants au Havre

Les personnes nouvellement arrivées sur Le Havre sont confrontées à ce problème :

   « Aucun médecin ne prend de nouveaux patients. Nouveaux arrivants, nous sommes pénalisés. »

« Après de nombreux appels téléphoniques, aucun cabinet ne prend de nouveaux patients. »

« Pas de médecin traitant au Havre, je continue à être suivi par mon médecin à Paris. »

« Le médecin traitant est à 200 km du Havre. Les médecins n’acceptent pas les nouveaux patients, je suis arrivée il y a un an. »

« J’ai gardé mon médecin traitant sur Fécamp en attendant d’en trouver un sur Le Havre. »

Ces témoignages doivent nous alerter comme autant de signaux d’alarme sur la possibilité d’accéder aux soins au Havre.  Cette carence ne constitue-t-elle pas un frein au développement économique de la ville ?

Après le départ en retraite du médecin traitant

Les patients dont le médecin traitant est parti en retraite n’ont plus accès à un suivi médical régulier.

« Suite au départ en retraite de mon médecin traitant, je n’en ai plus depuis plusieurs années. »

« Nous n’avons plus de médecin traitant. Nous sommes obligés d’aller aux urgences. »

« J’ai besoin d’un renouvellement d’ordonnance, mais je n’ai plus de médecin. »

Les services d’urgences et les médecins de garde apportent certes une réponse aux situations de crise, mais ne peuvent guère aller au-delà. Les patients sont ainsi privés d’une prise en charge réelle de leurs pathologies dans la durée.

Certains patients ont un jour trouvé close la porte du cabinet médical, sans préavis : « La clientèle n’a pas été avisée et le dossier médical n’a pas été remis. »

Plusieurs témoignages de personnes qui ont réussi à être pris en charge par un nouveau praticien font état de délais et de difficultés :

« Oui, j’ai retrouvé un médecin traitant, mais après un parcours du combattant. »

Plusieurs personnes signalent avoir trouvé une solution « par connaissance ». Mais tout le monde n’a pas la chance d’être inséré dans la bonne filière qui donne accès au médecin. Il semble aussi que l’âge, susceptible de générer des prises en charge plus lourdes, rende cet accès encore plus difficile :« Je suis sans médecin traitant. Trop âgée pour en trouver un nouveau. »

Inquiétude face au départ en retraite du médecin traitant

Huit témoignages font état du départ en retraite de leur médecin dans un avenir plus ou moins rapproché et de leur inquiétude :

 « Mon médecin part à la retraite et il n’a pas de remplaçant. » 

« Mon médecin est en retraite fin décembre 2021 et après ??? Il me faut trouver un médecin d’ici trois mois. »

Avoir un médecin traitant ne résout pas tous les problèmes

Le difficile accès aux spécialistes 

Les ophtalmologues sont le plus souvent cités, sans surprise car le recours à ce spécialiste est le plus généralisé. Mais en fait ce sont toutes les spécialités médicales qui font défaut :

« Pas de rendez-vous possible pour un dermato 200 km à la ronde ! »

«Difficulté pour les spécialistes : ophtalmo, etc… »

« Difficile pour l’ophtalmo et le gynéco »« Difficultés pour l’ophtalmo et le rhumato »

Les longs délais pour avoir un rendez-vous

Plusieurs personnes ayant déclaré un médecin traitant font état de longs délais pour avoir un rendez-vous. Cette conséquence de l’insuffisante couverture médicale ne transparaît pas dans les chiffres et pourtant elle constitue un obstacle à une prise en charge optimale des patients :

« J’ai un médecin traitant, mais le délai pour avoir un rendez-vous est long. »

« longs délais pour les rendez-vous pour les examens. »

« J’ai un médecin traitant, mais en fait comme les rendez-vous sont tellement éloignés, mon fils n’est vu que par le médecin de garde. »

>—<

Ces témoignages donnent un premier éclairage sur les obstacles concrets éprouvés dans l’accès aux soins, au-delà des données chiffrées que nous avons recherchées par ailleurs.

A ce propos, nous vous invitons à les consulter sur le document que nous avons mis sur notre blog , ainsi que l’ensemble de nos analyses et propositions.

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Vie de l'association

POUR UN CENTRE DE SANTÉ PUBLIC ET L’ACCÈS À LA SANTÉ DE TOUTES ET TOUS DANS LA COMMUNAUTÉ URBAINE DU HAVRE

Notre association met en ligne le document qui synthétise sa réflexion et ses objectifs :

que nous vous invitons à découvir.

Le sommaire vous donnera accès aux parties du texte qui vous intéressent particulièrement.

  • Notre analyse du manque de médecins dans la communauté urbaine du Havre
  • La transformation de notre système de soins
  • L’inefficacité des stratégies gouvernementales
  • Un calcul pour l’attribution des aides qui pose question
  • Les centres de santé, un outil pour l’accès aux soins et une organisation d’avenir
  • Nos projets d’action

CSPLH+ sera présente le dimanche 12 septembre au Forum des associations à l’Hôtel de Ville du Havre

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