Comme l’année précédente, notre association était présente au forum des associations qui s’est tenu à l’Hôtel de Ville le 11 septembre 2022. Comme en 2021, nous avons proposé aux visiteurs s’intéressant à notre stand de remplir un questionnaire concernant leur accès à un médecin traitant et les difficultés éventuelles rencontrées dans leur parcours de soins. Nous avons recueilli 44 fiches, auxquelles s’ajoutent 3 autres complétées lors de la soirée au Studio (11 octobre 2022).
L’intérêt de cette démarche n’est évidemment pas d’ordre statistique mais réside dans l’exposé concret des difficultés rencontrées par des patients en chair et en os, et l’expression de leurs inquiétudes. Pour les chiffres de l’agglomération, rappelons que 12 à 15% des assurés n’ont pas déclaré de médecin traitant à la CPAM du Havre.
26 personnes indiquent résider en centre-ville et ville basse ; 11 en ville haute ; 3 dans des communes limitrophes.
Les témoignages recueillis en 2022 confirment amplement ceux de 2021, dont un article de notre blog avait rendu compte. La situation est grave, urgente, et demande une réponse à la hauteur de la situation.
Patients sans médecins traitants
C’est le cas le plus fréquemment évoqué puisque 17 personnes signalent qu’elles sont sans médecin traitant depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. Il peut s’agir de patients qui n’ont pas réussi à trouver un nouveau généraliste après le départ en retraite du leur, comme cette femme de 71 ans, avec de nombreux problèmes de santé, qui n’a plus de médecin traitant depuis décembre 2021 et est très inquiète de cette situation. Compte-tenu de la démographie médicale de l’agglomération où 40% des généralistes ont plus de 60 ans, ce problème ne peut que s’amplifier dans les années à venir.
Certain-e-s évoquent l’absence de soins en raison d’un congé maladie de leur généraliste depuis un an, sans remplaçant.
Une habitante indique avoir appelé sans succès 30 cabinets et être sans médecin depuis 2018 : impossible pour elle comme pour d’autres dans la même situation d’obtenir un certificat médical pour la pratique sportive, pourtant vivement encouragée par les instances locales et nationales.
Il y a bien sûr le cas de patients qui se sont installés au Havre, plus ou moins récemment, et ne trouvent pas de généraliste :
« J’ai emménagé au Havre il y a 3 ans et je n’ai toujours pas trouvé de médecin traitant »
« Je viens d’emménager au Havre et je ne trouve pas de médecin traitant. J’ai 65 ans et le suivi médical me semble important pour la suite. […] Je suis inquiète de ne plus avoir de suivi. »
Patients ayant un médecin traitant hors du Havre
Les 12 situations évoquées varient, puisque certains ont un généraliste en périphérie ou dans des communes un peu plus éloignées de Haute Normandie (Fécamp, Criquetot, Rouen, Pont-Audemer), alors que d’autres, originaires d’autres régions et désormais installés au Havre ont conservé leur médecin traitant, par exemple à Versailles, Nantes, Lyon, voire à 850 kms ! Dans ce dernier cas, la personne témoigne :
« Pas possible d’avoir un médecin traitant alors que je suis en ALD. Comment faire ? »
Une patiente dont le médecin est à Lyon explique être obligée d’aller gonfler la file d’attente à la maison médicale pour obtenir le certificat exigé pour la pratique sportive. Durée de l’attente : 3 heures.
Un autre patient indique avoir contacté environ 80 cabinets avant de trouver en périphérie un praticien qui l’accepte « en dépannage », en attendant qu’il trouve un médecin au Havre.
Même lorsque le généraliste se trouve dans la région, cela ne va pas sans problèmes, ainsi pour ce couple qui habite depuis 5 ans au Havre mais, faute de trouver un généraliste sur place, a conservé leurs médecins, à Fécamp pour l’un, et Criquetot pour l’autre. Ils ajoutent :
« Nous avons une vieille voiture. Ça devient un handicap car nous sommes malades tous les deux. »
Autres difficultés
Parmi celles-ci, on trouve l’inquiétude face au départ en retraite du médecin traitant d’ici la fin de l’année mais aussi des cas proches de ceux évoqués dans la première rubrique : les patients dont le médecin est en arrêt (maladie ou maternité) non remplacé et qui se trouvent donc de facto sans généraliste. Leur seul recours est la maison médicale le soir, ou l’appel au 116-117 :
« Absence du médecin traitant depuis plusieurs mois. Renouvellement d’ordonnance très compliqué pour une personne âgée atteinte d’une pathologie d’où nécessité d’appeler le 116-117»
ou encore ce témoignage qui exprime le désarroi d’une femme de 70 ans qui s’occupe de sa mère de 98 ans, hospitalisée cet été mais sans suivi médical hormis par le biais du 116-117, donc par un médecin « qui ne connaît pas la patiente » :
« Moi, sa fille […] je suis sans médecin pour le moment et fatiguée d’être l’aide complète de maman qui est fragilisée. […] Ce n’est pas normal que dans une ville moderne et agréable, nous ne puissions pas être soignés normalement, sans passer par la case 15 ou 116. […] Où va-t-on ? », conclut-elle.
Enfin, même lorsque les patients ont un généraliste au Havre, certains évoquent des difficultés pour prendre rendez-vous rapidement, et les problèmes d’accès à des spécialistes (dentistes, orthoptiste etc.) et les délais très longs avant d’obtenir un rendez-vous avec ces derniers (parfois un an ou plus). Une patiente qui n’a pas rencontré de difficulté pour trouver un généraliste grâce à internet continue cependant à se rendre à Paris pour consulter phlébologue, radiologue et dentiste.
La pénurie de médecins rend impossible de changer de généraliste lorsque celui-ci exprime des opinions idéologiques déplacées dans le cadre de la relation avec le patient (propos racistes, anti-CMU, opinions politiques et religieuses). Cet exemple peut sans doute être étendu à d’autres situations où la relation entre patient et médecin est très détériorée, quelle qu’en soit la raison.
En conclusion
Il ressort des témoignages recueillis que les difficultés d’accès aux soins dans l’agglomération du Havre sont génératrices d’inquiétude et parfois de désarroi qui s’ajoutent aux problèmes concrets (par exemple nécessité de recourir au 116-117 et/ou à la maison médicale qui n’ont pas pour vocation initiale de palier la pénurie de généralistes). Chez les néo-havrais, on constate un étonnement devant une situation qui, pendant longtemps, ne semblait concerner que des zones rurales isolées. Si la pénurie de médecins nuit bien évidemment à la santé des habitants, elle affecte aussi l’image de la ville et risque d’être un frein à l’installation durable de nouveaux habitants, pourtant souhaitée par l’équipe municipale.
