Le 23 janvier 2020, à plusieurs citoyennes et citoyens havrais, alertés par les difficultés d’accès au médecin traitant, nous avons créé notre association. Nous nous sommes donnés pour premier objectif de promouvoir la création d’un Centre de santé -et de ses antennes- dans la communauté urbaine, en mobilisant la population et en devenant interlocuteurs des élus et de l’administration.
Le Centre de santé est un « outil » de santé publique ; notre but est que les concitoyens prennent en main toutes les questions relatives à leur santé.
Or, nous avons été alertés par un message d’un médecin hospitalier havrais, dont nous nous faisons l’écho :
« Compte tenu de l’incapacité de ce gouvernement à gérer cette crise sanitaire, il ne nous reste plus que le confinement.
Nous n’avons pas de masques pour la population, pas de thermomètres, pas assez de kit de diagnostic, pas assez de respirateurs dans les hôpitaux.
Alors, pour casser l’épidémie, il ne reste plus que le confinement le plus strict possible. Ne sortir qu’en cas de nécessité absolue, se laver les mains souvent, rester vraiment à un mètre du voisin, nettoyer la carte bleue après paiement etc…
Laisser tomber le footing, cela n’a aucun sens. Eviter si possible les transports en commun. Privilégier les petits commerces.
Au travail, lavage des mains, un mètre de distance tout le temps.
Face au manque de confiance de la population vis à vis de ce gouvernement, les forces de progrès, votre association, ont un rôle à jouer pour l’auto discipline de la population. »
Nous avions fait le constat, antérieur à la pandémie, non seulement du manque de médecins généralistes, de spécialistes, de la situation de fragilité créée par la fermeture d’hôpitaux, et, à l’intérieur de ceux-ci, de services et de lits. Nous avons suivi toutes les luttes des personnels de santé. Les soignants des urgences sont confrontés à une pénurie de personnel et à des moyens insuffisants, à un engorgement du fait de patients dépourvus de médecins traitants et de lits disponibles dans les services.
C’est dans cet état de délabrement de notre système de soins que la crise due au coronavirus explose. Elle accroit la visibilité de toutes les limites d’une conception de la santé qui en fait, avant tout, un bien marchand. Elle révèle toutes les failles d’une recherche forcenée de la diminution des coûts -des coûts qui sont en réalité un investissement pour la santé de tous-. On découvre que les stocks de masques constitués à l’époque du SRAS ont été détruits, parce qu’ils coûtaient trop chers à conserver…
Et depuis, nous assistons à tous les errements du gouvernement. L’injonction faite à chacun de rester chez soi, s’accompagne de celle d’aller travailler malgré les risques, même si l’activité n’est pas strictement indispensable. Et sans disposer bien sûr des plus élémentaires protections contre la contagion. En fait, faute de la moindre vision de long terme, faute de la volonté de mettre les moyens qu’il faut là où il faut, le renoncement est érigé en politique. Le matériel de protection, mais aussi les tests de dépistage, qui sont un élément important dans la stratégie de lutte contre l’épidémie, font cruellement défaut.
Alors oui, il ne nous reste plus qu’à tenter de nous protéger le mieux possible, et à être solidaires les uns des autres.
La poursuite de notre objectif -promouvoir la création d’un Centre de santé- tel que nous l’avions prévu, est donc actuellement en attente.
Mais demain, quand l’épidémie aura cessé, qu’il sera l’heure des bilans et des comptes, les citoyens seront fondés à exiger une autre politique de santé, dotée des financements nécessaires, tournée vers l’intérêt général.
Notre projet de Centre de santé y trouvera toute sa place. Nous espérons qu’il sera porté par un grand nombre d’habitants de notre communauté urbaine.
